Accueil  > Déterminants de santé > Révélation du handicap
 
Déterminants de santé
 
 
Révélation du handicap
mars 2010, par Roland Narfin 

A partir de sa reconnaissance de travailleur handicapé, le sujet va devoir entamer un travail de réparation pour continuer à vivre au mieux, en essayant de rendre tolérable un nouveau vécu qu’il vit comme contraignant. S’ensuit un « travail de la situation de handicap » pouvant aller jusqu’au « remaniement identitaire ». Mais il aura d’abord fallu dépasser la sidération consécutive à l’annonce du handicap, qui agit comme une « révélation ».

« … Le mal s’est créé avec le silence… » (un stagiaire du GRETA.)

Les effets de l’annonce

L’annonce d’une maladie est une situation très particulière. D’emblée, c’est comme un véritable basculement. Pris au dépourvu et frappé de plein fouet, le sujet doit s’adapter à cette situation nouvelle, qui lui confirme qu’il ne fait plus partie des bien-portants et le contraint à de nombreux deuils et de multiples renoncements.

S’ensuivent des périodes dépressives liées à la perte de la vie passée et à la prise de conscience de l’impossibilité de recouvrer les capacités initiales. Une autre histoire se construit où il doit prendre en compte un certain nombre de nouveaux facteurs parmi lesquels celui de son « moins ». Bien que parfois préparé à l’évolution à bas bruit de sa maladie, au cours de multiples contacts, rendez-vous ou bien encore examens avec le corps médical, il reste néanmoins très fragilisé. Il se retrouve non sans difficultés à devoir lâcher prise et renoncer à ce qui n’est plus, tout en préservant ce qui est toujours actuel.

S’il a perdu d’un côté - son intégrité physique ou psychique -, de l’autre, la maladie lui a donné un statut.

La réalité, sa réalité, c’est le temps présent.

Révélation plutôt qu’annonce

Selon le petit Robert, le terme « annonce » fait référence à l’avis par lequel on fait savoir quelque chose au public…. Concernant le handicap, on parlera plus volontiers de révélation. Ces deux termes sont proches en terme d’emploi, mais restent très distincts dans leurs sens. En effet, au cours des diverses consultations médicales, le sujet a pris connaissance de sa maladie.

Depuis le début de celle-ci, il a petit à petit érigé des barrières contre elle. Parfois il est dans le déni, mettant l’angoisse à distance ; d’autre fois, il préfère l’isoler du reste de sa pensée, considérant qu’elle ne fait pas partie de lui.

Toutefois, apprendre qu’on a une maladie, c’est aussi apprendre que l’on est malade. On passe du verbe " avoir" au verbe " être". L’être tout entier est envahi, blessé. Le sujet préfère rester chez lui pour se protéger. Il a l’impression de ne pas être compris.

Il perd confiance en lui. Il est frappé dans son assise narcissique. Il est alors incapable de supporter l’idée de se voir amoindri dans les faits et gestes de la vie quotidienne et d’intégrer les éléments du monde extérieur. Paradoxalement, il parle énormément de sa maladie au point par moments de s’y glorifier.

La rqth, ou reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé

Afin de permettre au sujet de reconstruire au mieux son identité, en intégrant son nouveau manque, la M.D.P.H (Maison Départementale de la Personne Handicapée), via la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH), statue sur ses aptitudes au travail. Ainsi, malgré l’altération de ses facultés physiques, sensorielles, mentales ou psychiques, il reste une force vive au travail. Cependant, le moment où arrive l’annonce du recours à la reconnaissance de travailleur en situation de handicap est très souvent synonyme de choc pour le sujet. En dépit de la manière dont les "compensations" de cette reconnaissance lui ont été présentées, le sujet est dans l’incapacité d’entendre les mots rassurants. Il lui est alors difficile de prêter attention à la suite des propos. Le temps est comme figé, interrompu. Il n’entend plus grand chose.

Il y a comme une distorsion de communication. De l’écoute, le sujet ne semble entrevoir que les perspectives proposées sous la forme d’une obligation, d’une sanction, voire comme l’ultime choix restant.

Son passé n’a plus de sens et il voit son avenir s’évaporer. Il y a tout à coup un "avant" et un "après ». L’annonce de la reconnaissance de travailleur s’inscrit comme le temps zéro d’une nouvelle vie. Il se retrouve à devoir lutter contre ses peurs et être contraint de s’adapter à cette nouvelle réalité. Il se sent étiqueté, catalogué et réduit au statut d’handicapé. Pour lui, son "moins" le caractérise : l’évidence, ce qui se voit, se distingue, saute au yeux… Le sujet pense que ce moins véhicule toute sa souffrance, ses troubles. Il en vient à avoir peur du regard de l’autre, posé sur lui, au point de devoir dépenser une énergie considérable pour masquer son désordre intérieur.

Bien qu’attendue, la révélation de la reconnaissance le sidère et le plonge dans un désarroi profond. Le coup porté est si violent qu’au travers de son témoignage, il donne l’impression de le ressentir physiquement. Il parle de « coup de massue, de coup de poignard ».

Il ne peut plus penser rationnellement. Une partie de lui est parasitée, voire paralysée intellectuellement. Son imagination devient plus que fertile. C’est comme un acte de guillotine. Il est fragmenté psychiquement et submergé émotionnellement. Il s’agit d’un véritable traumatisme, qui laissera des empreintes dans sa vie et dans la manière dont il percevra les séquelles non seulement de ce handicap, mais aussi de sa reconnaissance de travailleur handicapé.

Le traumatisme

Étymologiquement, le terme "trauma" vient du grec et signifie blessure ; ce même terme dérive d’un autre qui veut dire "percer". C’est dire comme cette blessure/fracture ouverte qui agit par effraction, au sein du psychisme, peine avec le temps à se refermer.

Dès lors, dans ce difficile processus de cicatrisation, tout semble comme immobilisé. Pour le sujet, le choc de l’annonce est si violent à entendre et à intégrer, qu’il est comme tétanisé dans son esprit.

La bonne santé est perdue, avec peu d’espoir de retrouver ce qui manque. Cependant, ce travail de renoncement n’est pas linéaire : diverses pertes se succèdent, dans l’attente d’être intégrées. Au corps bien portant succède ce nouveau corps, d’où les différents conflits psychiques provoqués par l’avant et l’après. Pourtant, accepter son handicap peut paraître une véritable richesse quand il permet de comprendre et d’aider les autres. C’est une confrontation à soi et à ses propres limites. Véritable expérience de vie, il contraint à donner du sens à sa souffrance.

Bibliographie

Dr Fauré. Vivre ensemble la maladie d’un proche. Albin michel, 2002
Christine De Laporte. Dire la vérité au malade. Edition odile jacob, 2001
Dr Moley-Massol. Le malade, la maladie et les proches. L’Archipel, 2009

Roland Narfin est psychologue clinicien au Greta des métiers de la santé et social (section AISP - action, intégration sociale et professionnelle).

Photos : Tamil Nadu (Inde du sud), 2008 © serge cannasse




     
Mots clés liés à cet article
  handicap
     
Envoyer un commentaire Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Images
Portail
Initiatives
Bonheur du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
 
• Clitoridienne ou vaginale ?...
• Un paradoxe des maladies professionnelles...
• Comprendre les liens entre travail et souffrance mentale...
• Expertise de l’Afsset sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences...
• Le classement en trois listes des grandes entreprises en matière de prévention du stress abandonné...
• Église catholique et contraception : la mémoire courte...
• L’obèse, martyr contemporain...
• Tabagisme passif et infarctus du myocarde : il faut déchanter, de là à se taire ......
• La lutte contre le tabac renforce les inégalités sociales de santé...
• Chlordécone : où sont passés les journalistes ?...
• Cancers et pollution des sols par les pesticides organochlorés (chlordécone) en Martinique : pas de lien évident, selon l’INVS...
• Les substances dangereuses font courir de nouveaux risques croissants aux travailleurs européens...
• Travail des immigrés : plus de monotonie, moins de coopération...
• Amiante : l’Afsset prudente, la Commission européenne irresponsable...
• Pourquoi les sans domicile fixe refusent-ils d’être pris en charge ?...
• Santé mentale au travail : une étude aux résultats incontestables...
• La santé précaire au travail...
• Santé au travail : DRH et salariés ne partagent pas les mêmes avis...
• Santé au travail : une mise au point de la FNORS...
• Subventionner un vélo pour moins polluer...
• Sous déclaration des accidents du travail et des cancers professionnels...
• Un communiqué de l’Afsset sur les éthers de glycol...
• Le marché de la prostitution...
• Violences au travail : les "obligés du public" sont les plus exposés...
• Le repas depuis 45 ans : moins de produits frais, plus de plats préparés...
• Signature d’un accord national sur le stress au travail...
• Quelles politiques pour davantage de bébés ?...
• Arrêt du tabac : un comportement plus collectif qu’individuel...
• Une vieille dame tenace et pleine d’humour...
• Les chiffres édifiants de la morbidité routière...
• Santé et travail en Europe...
• Travail : trois injonctions paradoxales...
• Efficacité et convivialité dans l’entreprise...
• Les structures d’accueil pour jeunes enfants : disparités géographiques et manque de place...
• Stress au travail : une très bonne introduction par l’INRS...
• Droit opposable à la garde d’enfants : dévêtir Pierre pour habiller Paul...
• Devenir adulte en Europe...
• Prisons et psychiatrie...
• Violences physiques : près de la moitié au sein des familles...
• Faible recul des ventes de tabac en 2007...
• Bon accueil des messages sanitaires sur l’alimentation...
• Téléphones portables : danger pour les tomates !...
• Un miracle laïc : la chute du taux d’infarctus en un temps record...
• Un point de vue pour la légalisation des mères porteuses ...
• Un communiqué de l’AFSSET : légionnelles dans les tours réfrigérantes...
• Les centenaires d’Okinawa...
• Renault : décréter la convivialité...
• Usine Renault Cléon : pressions pour renoncer aux arrêts de travail...
• Centres d’appel téléphonique : la mauvaise réputation...
• Pénibilité au travail : négociations interrompues...
• La santé des plus pauvres...
• Grands-parents : une figure sociale renouvelée...
• La Grande-Bretagne autorise des chimères homme-animal...
• Exposition professionnelle aux produits cancérogènes ...
• Pollution au travail et maladies cardiovasculaires : un lien démontré...
• Les femmes font plus de semaines de 35 heures par an que les hommes...
• Le corps de chacun : celui de sa catégorie sociale...
• Sport et santé sont dans le même bateau, ... ...
• Plus d’un million de foyers bénéficient du RMI...
• Toxicité : un OGM innocenté...
• La Grande-Bretagne déclare la guerre à l’excision...
• Homoparentalité : une réponse à Sylviane Agacinsky...
• Homoparentalité : le point de vue de Sylviane Agacinski...
• Automutilations...
• Observance (suite) : la réponse de Denise Silber à Ethicaceutic...
• Baisse du nombre de médicaments vendus en France en 2006 (6,7 %)...
• IVG et contraception : un problème de prescription et/ou d’information ?...
• En avoir ou pas...
• Contrefaçon de médicaments : l’Europe touchée....
• Vieillissement de la population : une opportunité ?...
• De quoi souffre t’on ? Etat des lieux des maladies déclarées en France....
• Observance : la réponde d’Ethicaceutic à Denise Silber...
• Le vécu de la grossesse ...
• L’observance : un article de synthèse par Denise Silber...
• Les solidarités familiales en France...
• Un sondage de l’ANACT sur la qualité de vie au travail...
• Les Français et le grand âge...
• Le recours au médecin explose depuis 1980...
• La bataille des acides gras "trans"...
• L’organisation apprenante préserve la santé au travail...
• Discriminations : les fumeurs aussi...
• Le dîner, dernier refuge de la sociabilité en famille ?...
• La souffrance des adolescentes...
• Un suicide reconnu comme accident du travail...
 
 
 
 
 
 
Nous adhérons aux principes de la charte HONcode.
Vérifiez ici.
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être