Un film à voir absolument : La Consultation
décembre 2007
Le 21 mars, est sorti en salles le film d’Hélène de Crécy : La Consultation. Unité de temps, de lieu, d’action : chaque séquence du film est construite comme une petite pièce de théâtre classique, en un acte. Cela produit à la fois un sentiment de familiarité, voire de retrouvaille, avec un moment de la culture française (le 17ème siècle), caractérisé par la retenue et le sens de la mesure. Cela donne aussi une impression de hors-temps, d’un temps suspendu propre aux histoires éternelles de souffrances et de réparations. D’autant que la structure du film s’apparente aux divertissements du Grand Siècle : souvent, entre deux scènes, le médecin commente, se laisse aller, s’emporte, rit, refait son périple dans la diversité humaine.
Pourquoi tant insister sur le dispositif scénique ? Parce que le film n’est pas seulement un reportage sur l’exercice de la médecine générale, ni même sur ce médecin particulier, Luc Perino, alors qu’il en donne beaucoup à voir et à entendre. Pourtant, si l’expression « acteur de santé » a jamais eu un sens, c’est bien ici ! Nous avons certes affaire à un grand acteur, à un homme de savoir, d’expérience et de cœur, à un personnage attentif à bien disposer son partenaire, le patient. Le personnage qu’il joue magistralement, qu’il est, c’est le clinicien, celui qui a l’autorité, la légitimité pour s’approcher au plus près de la souffrance de l’autre et de sa façon de la vivre.
Mais fondamentalement, La consultation est une œuvre sur ce que l’exercice de la médecine, avec sa scène et ses rites propres, donne à voir et à comprendre : l’intime des humains pris dans les difficultés de l’existence, celles qu’ils ont toujours eu et auront toujours avec la maladie et la mort, mais aussi avec la vie, comme celles liées à leur temps et à leur milieu. « Le cabinet du médecin, c’est le cul de l’entonnoir dans lequel se déversent tous les maux de notre société », dit Luc Perino, navré de son impuissance.
On aura compris que La consultation est un très beau film, parce qu’il donne à voir et à entendre les histoires de tout un chacun racontées avec simplicité et vérité. Il nous décrit nous débrouillant avec la vie.
Revenons à ce médecin. Et faisons nous l’écho d’un doute sur la façon qu’il a d’exercer son métier. N’est-ce pas une survivance ? Les médecins ont ils encore le temps de cette attention portée à l’autre ? Ne la remplacent ils pas par des prothèses techniques, certes indispensables, mais se substituant à la clinique ? Le théâtre aussi est rempli de technique. Un de ses plus grands praticiens, Louis Jouvet, disait que la représentation est la construction d’un espace commun, d’une fraternité. Au travail ! poursuivons la métaphore !
Article paru dans le numéro 762/763 du 13 mars 2007 de la Revue du Praticien Médecine générale