Stress : la dimension collective
janvier 2008
Enjeux-Les Echos de juin 2007 publie les résultats d’une étude de l’Institut français d’action sur le stress (Ifas) ayant porté sur 12 997 salariés de tous niveaux de qualification, volontaires (taux d’acceptation de 95 %) issus de quatre entreprises de l’industrie et des services. Ils ont été interrogés (de mars 2003 à mars 2004) pendant les consultations de médecine du travail avec un questionnaire validé permettant de dépister dépression et anxiété et d’évaluer le niveau de stress (c’est donc un outil de mesure plus fiable qu’un questionnaire purement déclaratif).
" Un homme sur cinq et près d’une femme sur trois souffrent de " sur-stress (niveau de stress perçu comme suffisamment élevé pour devenir un facteur de risques pour la santé)
Les femmes attribuent majoritairement leur sur-stress à la combinaison de facteurs privés et professionnels, exprimant sans doute les difficultés que connaissent nombre d’entre elles à concilier un emploi du temps de mère et de salariée. Dans l’analyse par tranche d’âge, c’est d’ailleurs entre 35 et 44 ans, lorsque les enfants sont encore jeunes, qu’elles sont les plus nombreuses à expliquer leur sur-stress par des raisons à la fois privées et professionnelles.
A noter que 10% des hommes cadres supérieurs estiment ne pas être sur-stressés, alors même que le test qu’ils viennent de passer indique le contraire. Une erreur d’appréciation due, selon les spécialistes de l’Ifas, à une difficulté typiquement masculine lorsqu’il s’agit d’identifier ses émotions.
Le stress d’un salarié est directement influencé par le comportement de son supérieur hiérarchique, en tout cas par la perception qu’il en a. " : exigences déraisonnables, manque d’écoute, manque d’équité sont les principaux facteurs de stress de ce point de vue.
L’étude permet de mettre en évidence des populations à risque spécifiques à chaque entreprise. Par exemple, dans l’une d’elles, les commerciaux, les non-cadres, et les plus de 40 ans ; dans une autre, les femmes à temps partiel, les salariées avec moins d’un an d’ancienneté, et celles dont le temps de transport est élevé.
« " Toute entreprise produit un type de stress lié à son histoire et à sa culture, et qui s’exerce sur certaines populations plus que sur d’autres ", confirme Eric Albert, psychiatre et fondateur de l’Ifas. " La question est de savoir comment (le management) donne du sens, aide à s’adapter, ou sait prendre en compte les composantes culturelles historiques de l’entreprise »
" En mettant en évidence le phénomène, l’étude de l’Ifas vient bousculer l’approche individuelle du stress jusque-là privilégiée par les entreprises. " Elle montre également que le problème touche largement les dirigeants eux-mêmes.
Le journal publie également un entretien avec Jean-Luc Emery, médecin psychiatre et consultant à l’Ifas. Extraits :
" Le stress apparaît lorsqu’il (le salarié) a le sentiment qu’il ne pourra pas faire face aux contraintes, ce qui se traduit par une impression de débordement et de perte de contrôle. Ainsi, un aide-soignant qui aura le sentiment de sacrifier le relationnel avec les malades pour répondre à des exigences de rendement se sentira plus stressé que s’il avait la sensation de bien faire son travail. "
Il insiste sur la nécessité d’études ciblées dans chaque entreprise, conduites notamment par des entretiens en face-à-face.
