Abus des psychotropes : généralistes coupables ?
septembre 2008
Annuaire Sécu du 31 août 2008
se fait l’écho de l’
appel lancé par le magazine Psychologies
contre l’abus des antidépresseurs. Voici le texte de cet appel :
" C’est un triste record… Nous consommons, en France, trois fois plus de tranquillisants et d’antidépresseurs que nos voisins européens. Et cette surconsommation augmente chaque année. Des centaines de milliers de personnes, dans des périodes de vie difficiles mais ne souffrant d’aucun trouble psychiatrique, se voient prescrire ces médicaments sur de longues durées, sans être averties de leurs effets secondaires ni bénéficier d’un suivi régulier.
Notre objectif n’est pas de remettre en question l’aide majeure apportée par ces molécules dans le traitement des pathologies mentales ni dans les situations de crise aigüe. Mais il nous semble nécessaire et urgent d’alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur les dangers de cette surmédicalisation du mal être et sur l’existence d’alternatives non médicamenteuses aussi efficaces.
Les techniques ayant fait leurs preuves pour soulager la douleur psychique non pathologique ne manquent pas : psychothérapie, phytothérapie, relaxation, méditation, activité physique… C’est pourquoi il nous semble important de faire connaître et de favoriser ces réponses différentes à nos souffrances. Ceci est un appel pour une véritable prise de conscience. Il est urgent de briser le silence."
Sandrine Blanchard, dans Le Monde du 9 septembre 2008, rapporte que l’appel a été signé par 491 personnes, dont "quasiment pas de médecins généralistes. " Elle donne aussi les principaux résultats d’une enquête réalisée par l’université de Rouen au moyen d’un questionnaire auprès de 2 000 médecins dans quatre régions du Nord-Ouest (Basse-Normandie, Haute-Normandie, Picardie, Nord-Pas-de-Calais) : " seulement 28 % des généralistes connaissent l’existence des guides de pratique clinique de la dépression, et qu’à peine un praticien sur cinq a effectué un stage de psychiatrie au cours de sa formation initiale. (...) 47 % des médecins disent se heurter à "l’insuffisance et aux difficultés d’accès des services spécialisés " (ce qui est confirmé par l’enquête DREES publiée en août 2008 ; voir sur Carnets de santé : Exercice de la médecine générale : un état des lieux). 94,8 % des généralistes utilisent le médicament en cas de souffrance mentale "souvent" ou "toujours".
Annuaire Sécu donne deux liens. L’un sur un
article du Dr Dupagne
, médecin généraliste, qui écrit notamment : " Proie favorite des visiteurs médicaux, des séminaires gastronomiques et congrès ludicopromotionnels, le généraliste subit une pression phénoménale pour prescrire. Cette pression laisse de marbre les autorités sanitaires qui ont légalisé cette situation. Les appels répétés pour lutter contre cette corruption des esprits ne sont pas entendus. (...) Il serait si simple et peu onéreux d’y remédier : interdisons aux firmes pharmaceutiques de financer la formation des médecins, tout le monde y trouvera son compte."
L’autre sur un
entretien avec le Pr Hubert Allemand
, directeur adjoint de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam), donné au Journal du dimanche. Il déclare en particulier : " Nous avons concentré nos efforts sur les somnifères et les anxiolytiques. Ils font partie depuis 2005 du programme de maîtrise médicalisée, qui consiste à inciter les médecins à prescrire moins en échange d’une hausse de leurs honoraires. Ce programme porte ses fruits puisque la consommation de ces médicaments a baissé de près de 15% en trois ans." À la question " Constatez-vous une forte pression commerciale des labos ?", il répond : " Ce n’est pas le cas pour les somnifères et les anxiolytiques. En revanche, c’est vrai pour les antidépresseurs. "
Rappelons aussi les
communications publiées par la revue Prescrire
en janvier 2008 à l’occasion de la Conférence-débat : "Marché des médicaments psychotropes : la dérive". On y lit notamment : " Le clinicien est fortement incité à traiter ses patients non pas d’après son expérience clinique mais d’après des études statistiques dont la méthodologie semble souvent douteuse. Toute déviation par rapport aux recommandations de la part d’un clinicien implique de pouvoir être justifiée, ce qui transforme peu à peu ces lignes de conduite en règles contraignantes. Ainsi, les résultats de l’évaluation des médicaments psychotropes telle qu’elle est actuellement menée peuvent amener à des régressions dans la prise en charge des patients."